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samedi 10 décembre 2011

Raconte-moi Dieu




C’était une faveur que le grand-père avait faite à son petit-fils pour souligner le jour où ce dernier atteindrait sa majorité. Ce jour-là, lui avait promis le vieil homme, il l’emmènerait passer la journée avec lui dans son « antre », comme il se plaisait à désigner le chalet qu’il possédait en montagne, dans un lieu isolé. Une simple maison de bois rond, construite sur le modèle des abris de berger des pays européens de montagne. Elle était si éloignée de toute civilisation, que seul un chemin défoncé à l’usage des gardes-forestiers en permettait l’accès, en véhicule tout-terrain. Et encore, car les dernières centaines de mètres du parcours étaient si escarpées qu’il était impossible de les parcourir autrement qu’à pied, avec bâton de pèlerin en main et sac de provisions au dos.
Cette rencontre en tête à tête entre le grand-père et le petit-fils, le garçon l’avait  souhaitée depuis longtemps, car un lien mystérieux unissait les deux hommes. Le petit-fils, suite à des discussions avec son aïeul sur des sujets relatifs à l’existence qui avaient eu pour effet de susciter toujours plus de questionnement en lui, en était venu à voir dans son grand-père une espèce d’initié susceptible de l’éclairer sur des questions pour lesquelles il peinait à obtenir des réponses satisfaisantes.
Ce chalet de montagne, à l’exemple des refuges de berger européens, se composait d’une grande pièce carrée basse de plafond, entièrement boisée, à laquelle on accédait par une antique porte de chêne aux gonds grinçants. De chaque côté de l’entrée, deux étroites ouvertures munies de double-fenêtres à guichet mobile permettaient de laisser pénétrer la lumière du jour et d’aérer la place. Le mobilier principal de la cabane se composait d’une table rustique et de quatre tabourets à trois pieds installés au centre de la pièce, face à une cheminée en pierre dont l’âtre était remplie de cendres et de morceaux de charbon de bois résultant d’une combustion incomplète. S’joutaient à cela deux vieilles berceuses d’une autre époque, ainsi que deux lits de camp dressés contre la paroi arrière du chalet.
Des commodités usuelle de la vie moderne, rien de tout cela n’existait dans ce chalet de montagne : éclairage au fanal, lieux d’aisance à l’extérieur et pas d’eau courante. L’approvisionnement en eau reposait sur un petit ruisseau qui coulait en contrebas, à une centaine de mètres de la cabane. Et tout ce qui nécessitait cuisson se faisait à partir d’un petit réchaud au gaz portatif.
Dans l’heure qui suivait, le grand-père et son petit-fils, chacun calé dans sa berceuse respective, sirotaient confortablement un bon café fumant en face du foyer dans lequel brûlait un mélange de branches résineuses de mélèze et de bûches de merisier. Comme il y avait un moment déjà que les deux hommes devisaient gaiement des beautés de ce lieu isolé, et du plaisir qu’il y avait à se retrouver ainsi dans la chaleur douillette de cet ermitage de montagne, alors qu’un souffle froid montait des vallées d’alentour avec l’approche de l’hiver, d’un commun accord les deux hommes décrétaient qu’il était maintenant temps de passer aux choses sérieuses, d’aborder le but de leur rencontre.
-- Je sens, depuis notre départ de la maison, que quelque chose te chicote, dit le vieil homme à son petit-fils. Comme si t’avais quelque chose à me demander, mais que tu ne saurais trop comment t’y prendre…
-- T’as raison, grand-p’pa, et ça fait depuis le milieu de l’été que ça me trotte dans tête. Depuis que je t’ai dit, comme ça, à la blague, « dessine-moi Dieu », et qu’à ma grande surprise, t’en as relevé le défi… Tu sais quoi, j’aurais le goût de t’en lancer un autre… Aussi bizarre que le premier…
-- Vas-y… Si je peux te répondre, c’est O.K., on discute franchement. Si j’ai pas de réponses à tes questions, on passe à autre chose, c’est tout… Je suis bien loin d’avoir réponse à tout, et qu Dieu me garde d’en venir à avoir pareille prétention !
-- O.K., alors je me risque… Après m’avoir dessiné Dieu, si je te disais maintenant,  raconte-Le moi, qu’est-ce que tu répondrais à cela ?
-- Moi qui croyais passer une p’tite journée tranquille avec toi en venant ici, ça bien l’air que ce sera pas le cas, répliqua le vieil homme à la blague. T’as décidé de me faire travailler les méninges, on dirait bien..! Tu veux que je te parle d’un pur Esprit qui est infiniment parfait, infiniment juste, infiniment miséricordieux, qui est sensé être partout, voir tout, connaître tout, jusqu’à nos pensées les plus secrètes, et qui est encore capable de faire toutes choses, tout en n’ayant jamais eu de commencement et en ayant toujours été de toute éternité..! On commence par quoi là-d’dans ?
-- J’ai déjà des questions plein la tête… Comment un pareil Esprit, aussi infiniment grand de perfection- tu sembles croire qu’il a créé l’Univers par un seul acte de sa volonté toute-puissante, ce qui n’est pas rien-, peut-il encore se préoccuper de nous, insignifiants comme on doit lui paraître à ses yeux à se débattre avec nos p’tits problèmes terre à terre..? On le sait pas, mais il y a peut-être plein de mondes habitables comme le nôtre dans l’Univers, avec tous leurs problèmes et tous leurs questionnements, eux aussi, à savoir s’il y a un Dieu ou non, et si oui, s’Il est à leur écoute ?
-- C’est certain. Même l’Église a reconnu dernièrement qu’il y avait une possibilité de vie extra-terrestre ailleurs, et que les habitants de ces autres planètes étaient peut-être beaucoup plus avancés que nous, du fait qu’ils auraient pu se garder en Dieu depuis leur création…
-- C’est pas là où je veux en venir, grand-p’pa… Supposons que tu serais capable de comprendre le langage des fourmis, et que tu les verrais, par exemple, te maudire, parce qu’elles trouveraient, disons, que tu te préoccupes pas assez d’elles, ou quelque chose du genre, qu’est-ce que ça pourrait bien te faire..? En quoi ça pourrait te toucher ?
-- Je pense deviner où tu veux en venir, mon garçon, et je t’arrête tout de suite, parce que ton exemple est boiteux, malheureusement… D’abord, pour que ces fourmis s’en prennent à moi, ou me tiennent responsable de leurs malheurs, faudrait qu’elles aient conscience de leur existence en tant que telle… Comme l’a si bien écrit Sartre, « toute conscience est conscience de quelque chose »… Puis qu’elles voient en moi l’auteur de leurs jours… Aucune créature vivante sur cette Terre ne possède pareille conscience d’être capable de réfléchir sur elle-même, et même de modifier son environnement, tel que l’homme en a la faculté… La différence entre l’homme et l’Univers, c’est que l’homme a conscience de l’existence de l’Univers, alors que l’Univers n’a aucune conscience de sa propre existence… Cette prise de conscience va plus loin pour l’homme : Dieu fait sentir à son âme qu’il est son unique bien, comme l’a si bien écrit Pascal.
-- On s’entend-tu, grand-p’pa, s’il faut accorder foi à pareille affirmation, qu’il y a un paquet de monde sur la terre qui ne sait rien de ça! rétorqua le petit-fils avec une moue de scepticisme prononcée. Moi, le premier..! Si tu veux mon avis, c’est de la métaphysique, tout ça !  
--  C’est bien le mot qui convient, jeune homme. On échange nos points de vue sur la connaissance de l’Être absolu qui a prévalu à la création de l’Univers, et on réfléchit sur les fondements de l’activité humaine à travers tout cela… Il y a pas plus métaphysique, comme discours..! Pour moi, cette quête de connaissance touche au divin… « Tu sauras, tu seras comme Dieu »..! C’est dans la Bible… « Cherchez Dieu et tout le reste vous sera donné par surcroît ». Ça, c’est de Jésus.
-- Chercher un être qu’on ne connaît pas, et qui en plus se cache..! Facile à trouver !  
-- Dieu ne se cache pas, c’est nous qui ne le cherchons pas… Sois sans crainte, l’homme qui le cherche finit toujours par Le trouver… « Dieu existe, je L’ai rencontré », a écrit André Frossard de l’Académie française.
-- Ah ! oui, et dit-il à quoi Il ressemble ? ironisa le garçon.
-- Dieu est personnel à chacun de nous. Chaque rencontre est donc de ce fait unique… Mais, crois-moi, je te le répète, celui qui cherche Dieu finit toujours par Le rencontrer… Sauf que l’homme qui vit cette expérience est tout à fait incapable de la verbaliser par après, de la traduire en mots… C’est quelque chose de transcendant, d’une nature radicalement supérieure. Comme à la fois intérieure et extérieure à ta conscience…
--T’as déjà vécu cette expérience, grand-p’pa ? À t’écouter parler, on dirait que  oui...
-- Peut-être, une fois… Une fraction de seconde insaisissable, vécue comme hors du temps… Tu voudrais essayer d’en capter l’essence, mais c’est tout à fait impossible… Impossible aussi de décrire l’impression que ça te laisse… Tu sais que tu viens de vivre en un instant très bref quelque chose d’unique, mais t’ignores ce que c’est… Et tu sais que tu n’as pas rêvé…Comme si Dieu te laissait entrevoir son Principe unique, suprême, en une fraction de seconde… Comme s’il t’était donné pendant cet éclair de toucher au mystère de l’éternité lui-même…
-- C’est du chinois tout ça, pour moi…
-- Pourtant ton existence même est principe et effet, et conséquence du grand principe de l’Univers qu’est Dieu…
-- En clair, ça veut dire quoi ?
-- Ton esprit, tu l’as appris très jeune, est partie intégrante de l’Esprit de Dieu, en ce qu’il est immortel, doué d’une intelligence consciente et d’une volonté libre… En principe, t’es capable de juger de toute chose, puis de décider par toi-même de ta conduite… Mais j’ai bien dit, en principe, parce que faut-il encore que ta conscience ait une conscience claire des aboutissants et tenants des gestes que tu poses… Beaucoup de gens pêchent par ignorance, ou ont une conscience faussée, ou un jugement déformé du fait d’une compréhension des choses simpliste, voire même bornée… Néanmoins, c’est cette faculté de porter des jugements de valeur morale sur tes actes qui témoigne qu’il y a une parcelle de Dieu en toi… Tu disposes du libre choix… Une liberté de conduite que seul l’homme possède et qui lui confère une responsabilité effrayante, car ses actes sont soumis à jugement par Dieu… Plus tu cultives en toi une conscience droite, intègre et pure, plus tu possèdes le pouvoir de modifier des choses dans ta vie propre et autour de toi. Tu fais appel alors à la Source même de la vie dont tu es principe… C’est le secret du pouvoir de guérison des grands saints de ce monde, tel le Frère André, par exemple… Le Christ lui-même a fait appel à cette Source toute-puissante, lors de la résurrection de Lazare. Il voyait en elle son Père…« Père, je te rends grâce de ce que tu m’as exaucé ; pour moi, je savais que tu m’exauces toujours, mais c’est à cause de la foule environnante, afin qu’ils croient que tu m’as envoyé »… Mais si au contraire tu poses des gestes contraires à la loi morale, à la vertu, au bien, cette Source s’obscurcit. Tu ne peux plus en sentir le rayonnement bienfaisant…Tu te retrouves alors seul dans la vie avec tes questionnements, à tourner en rond sur toi-même.
-- C’est bien beau tout ça, grand-p’pa, mais c’est des mots qui ont pas beaucoup de sens pour moi, à l’heure actuelle... Je voudrais chercher Dieu, que je saurais même pas comment faire!
-- Tendre vers Lui, c’est déjà être à sa recherche… Même si tu crois difficilement, que tu as l’impression de chercher à tâtons, ça n’a pas d’importance. L’important, c’est que tu cherches… Tous, nous empruntons des chemins différents pour aller vers Dieu, mais crois-moi ça ne se fait pas sans recherche… « Cherchez et vous trouverez », a dit Jésus… C’est le commencement de la révélation pour l’homme qui aspire à trouver un sens à son existence… Un peu comme une montagne qu’il te faudrait conquérir… Plus tu montes, plus la lumière est vive. Mais rendu au sommet, c’est l’illumination… Celui qui en fait l’expérience est sans mots pour traduire de la lumière extraordinaire que Dieu répand dans son âme… Cette conquête de Dieu, pour ainsi dire, peut cependant être grandement facilitée, si tu te détournes de l’extérieur vers le silence intérieur qui est en toi…Tu ne saurais mieux espérer d’« union conscience » avec Dieu que dans ce silence… et dans la prière. Car il te faut demander l’aide de Dieu pour qu’Il te facilite cette quête de vérité… Ça t’emmènera graduellement à renoncer aux illusions de ton amour-propre… Tu prendras conscience de ton ignorance et de ta faiblesse… C’est alors que tu seras enfin prêt à t’instruire… Et tu découvriras que l’on ne peut rien enseigner aux orgueilleux, et que seuls les humbles d’esprit peuvent percevoir la vérité.
Quelque peu ébranlé par les propos de son grand-père, son petit-fils écarquillait des yeux quelque peu étonnés, avec des mouvements de tête parfois qui en accentuaient encore l’étonnement.
-- Moi qui croyais que Dieu, ça se limitait à croire ou ne pas croire en Lui, point final !
-- Dieu est le Principe d’explication de l’existence du monde… Il me semble que ça vaut la peine de faire l’effort de chercher à connaître à quel point la plus petite des créatures de cette Terre, à travers le génie d’organisation qui lui est propre, témoigne de la toute-puissance de ce Créateur… C’est une forme d’adoration, en fait… Si tu veux, mon garçon, on va faire une pause, le temps de préparer notre repas, puis on reprendra cette conversation un peu plus tard, si t’as le goût d’y revenir… Ça ou autre chose, à ta guise.
--  Ça me va… Des questions, j’en ai plein la tête. C’est les réponses que j’ai pas.
-- En attendant, la chose à retenir, c’est qu’il ne faut jamais affirmer qu’il n’y a pas de Dieu, si on n’a pas fait au moins un minimum d’effort pour le chercher. Car alors, ce serait comme s’enfermer dans une maison où tous les volets sont clos, puis de décréter avec autorité que le soleil ne brille pas, parce qu’on n’en perçoit pas la lumière!

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