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mardi 16 août 2011

Le vieil homme et la mer


               
                                   

Le verdict médical à son endroit était formel : le vieil homme allait mourir au cours des mois à venir. Non pas qu’il était décompté en raison de son âge- il venait à peine de doubler le cap de la septantaine-, mais bien plutôt parce qu’il était atteint d’un mal incurable. Comme il était veuf depuis quelques années déjà, et qu’il ne laissait personne derrière lui hormis ses deux filles qui vivaient par ailleurs à l’étranger avec époux et enfants, l’homme avait décidé de profiter des derniers mois de son existence pour se livrer à une sorte d’introspection de sa vie passée, afin si possible d’en dresser le bilan.
Mais comme il habitait dans une confortable résidence de banlieue, et qu’il trouvait que ce n’était peut-être pas le lieu par excellence pour se livrer à pareille analyse, en raison notamment de l’achalandage des voisins et amis, il troquait sa maison pour un petit bungalow perdu de la côte atlantique, sans véritable confort et tout juste acceptable comme lieu de résidence temporaire. Pour citer Colette dans le texte, « il n’avait songé qu’à une chose : posséder une retraite dont la porte s’ouvrirait, se refermerait pour lui seul, sur un lieu ignoré. »
Accompagné de ses seuls chats et chien- deux matous avancés en âge et une jeune femelle Labrador-, il avait donc secrètement élu domicile dans ce lieu perdu de bordure de mer. Et là, jour après jour, face à l’immensité de cet océan sur lequel il laissait courir son regard sans le voir pendant des heures, perdu qu’il était dans ses pensées, le vieil homme faisait d’abord le bilan de ce qu’avait été sa vie effective au cours de toutes ces années.
Au plan amoureux, jamais, aussi loin qu’il pouvoir remonter dans ses souvenirs, il n’avait senti le délirant mystère de l’amour s’accomplir dans sa vie de couple. Et comme il était demeuré relativement chaste avant son mariage, hormis quelques petites explorations de la « chose » qui n’avaient jamais été bien loin, son expérience de l’amour au plan physique se limitait pour ainsi dire à un vague idéal. Alors que partout autour de lui on vantait les délices éprouvés par les amants au soir de leur nuit nuptiale, cette fusion issue de l’appel de la chair qui semble-t-il faisait s’émouvoir jusqu’au lit des nouveaux époux soulevé comme par une mer agitée, le vieil homme ne se rappelait pas avoir connu pareille effusion de cœur et des sens.
Que s’était-il passé par la suite, le jeune amant d’alors n’en avait guère gardé de souvenir. Mais ce dont il était sûr en revanche, c’est qu’au cours des mois et des années qui avaient suivi cette première nuit de noces, les choses ne s’étaient guère améliorées entre eux  au plan de l’amour charnel. Inconnus à leur registre amoureux ces enlacements sans fin et ces caresses voluptueuses qui forment le sel d’une vie de couple. Comme il ne se souvenait pas également d’avoir vécu de ces tendres moments d’abandon, les bras jetés spontanément autour du cou et les lèvres fusionnées dans un même élan instinctif. Jamais non plus de « Je t’aime! » lâché entre eux dans l’attendrissement du moment, comme s’il avait été déplacé de se laisser aller à pareil élan du cœur, voire même inconvenant.
Si bien qu’après la naissance de leurs deux filles, les époux ne sacrifiaient plus sur l’autel de l’amour qu’avec une sorte de désaffection qui avait révélé au mari, demeuré toujours par ailleurs le premier admirateur des charmes de sa femme, que celle-ci ne se donnait plus à lui qu’avec indifférence, voire même par pur devoir conjugal. Les mois de disette et de carence affective se prolongeant toujours plus avec le passage des ans, un beau jour, au lever du lit, le mari tenu à distance avait perçu chez sa femme un regard morne, ennuyé, dont le détachement  l’avait saisi : elle était lasse de ses attentes. Oh! elle l’aimait toujours, bien sûr, et cela elle lui en donnait des preuves quotidiennes, mais le lit deviendrait désormais un no man’s land entre eux. Et il en avait été ainsi jusqu’à ce jour triste de décembre d’il y dix ans, où il avait plu à Dieu de rappeler l’inaccessible épouse en son Paradis.
Était-il amer de ce constat mitigé du bilan de sa vie amoureuse, le vieil époux n’en savait trop rien. Ce qu’il savait, en revanche, c’est qu’il n’avait pas senti le besoin de remplacer dans son cœur celle avec qui il avait partagé plus de trente-cinq ans de sa vie. Même s’il avait mis des années avant de le comprendre, il était bien conscient maintenant que personne en ce monde n’était le complément parfait d’un autre. Aucun être n’avait été créé en fonction du bon plaisir d’un semblable. Les besoins de l’un, de même que ses goûts et ses aspirations au sein d’un couple, n’étaient pas nécessairement ceux de son partenaire de vie.
Aussi, alors que les jours passaient et que le temps lui était de plus en plus décompté, le vieil ermite avait préféré s’attarder au bilan de ce qu’il avait plutôt retenu et compris des enseignements de son passage ici-bas. Même s’il avait bien conscience que chaque homme de ce monde était tragiquement seul dans sa quête silencieuse de vérité face à l’éphémère, face à cette vie dénuée de sens qui lui échappait, il ne partageait pas le désarroi résigné du plus grand nombre de ses pareils sur ce plan. Pas de cruel questionnement chez lui devant la fatalité de la mort qui se pointait à l’horizon. Pas de résignation triste non plus comme tant d’autres devant les regrets de leur vie passée. Il ne connaissait pas cette douloureuse impression d’avoir passé tout droit au cours de cette existence, à l’instar de tant de gens autour de lui qui avaient la certitude de n’avoir rien accompli de valable. Au contraire, il croyait sincèrement avoir essayé de faire de sa vie quelque chose de rentable pour ses semblables.  
À l’inverse de tant d’hommes qui étaient assurés après leur mort de ne laisser aucune trace de leur séjour ici-bas, le vieil homme n’avait jamais perdu foi en son destin, foi en la pertinence du modeste rôle qu’il avait joué en cette vie, foi envers les valeurs qui l’avaient toujours aidé à vivre. Il était de ces fidèles qui n’avaient jamais déserté leur Dieu dans ses lieux de culte, parce qu’ils ne l’avaient pas déserté en eux-mêmes. Appliquant cet adage que nul n’est un grand personnage pour son valet de chambre, il se savait tout petit sous le regard de son Créateur, bien négligeable, bien dérisoire, mais infiniment aimé. Et c’était cette foi inébranlable en un Dieu d’amour tout de miséricorde et de compassion à l’égard des manquements de ses enfants qui l’avait empêché d’être pris dans cette espèce de gangue de démission fataliste qui faisait se détourner tant d’hommes de l’espérance d’une survie heureuse après leur mort.
Une de ses grandes qualités étant d’être plein de compassion à l’égard des autres, l’heureux homme s’était efforcé de ne pas porté de jugement sur toutes ces grappes d’égoïstes et de faibles de cœur qui s’agitaient sans fin autour de lui, enfermés dans un monde de conformisme sclérosant où le gros de leur énergie était consacré à leur réussite sociale et financière. La cupidité, l’âpreté du gain, la passion d’acquérir qui absorbe la vie et dessèche l’âme en tuant tout autre désir en l’homme, n’avaient pas trouvé preneur en lui. Ce monde où chacun ne vit que pour sa petite personne, dans l’indifférence et la surdité volontaire à toute élévation au milieu de cercles fermés restreints à ses seuls proches et connaissances, et où la règle est de profiter de tout et vite, pas demain, aujourd’hui, maintenant, il s’en était carrément détaché, vivant au milieu de la fascination générale sans se laisser fasciner.
Si la plupart des êtres de ce monde se contentent d’une existence bête à pleurer, cela n’avait pas été le cas pour cet homme plein de sagesse. Cette vie, il l’avait fouillée, scrutée, sondée en tout sens, dans la mesure de ses humbles connaissances, et il avait tout mis en œuvre pour essayer de faire avancer les choses à son échelle, en particulier dans son milieu de travail, à titre de géographe spécialisé dans l’aménagement du territoire.
Peu lui importait à présent, à l’heure du bilan de son existence, de ne pas avoir connu autant d’ivresse sentimentale et sensuelle qu’il l’aurait souhaitée, avec sa compagne de vie. L’important à ses yeux, c’est que lui avait aimé pour deux. Il allait bientôt mourir, et il avait demandé à ce que ses cendres soient jetées dans la mer. Un milliard d’années plus tôt, la vie était née de l’océan, née de ce qui était au départ l’agglomération de simples gouttelettes d’eau. Lui-même n’était qu’une goutte d’eau dans cet océan, mais à ce titre il avait bien joué son rôle. Il avait reçu la vie, l’avait transmise à son tour, puis avait veillé à la propager enrichie autour de lui. Encore un peu de temps maintenant, et il allait retourner à cet océan mère d’où il était issu. Son cycle de vie serait alors complété.
Quant à son esprit, un autre océan l’attendait, mais de félicité celui-là. Cette vérité, le vieil homme s’en était pénétré depuis toujours. Aussi mourrait-il sans crainte.

samedi 13 août 2011

Une culture de la mort

                       

Il y a quelque temps, en ouvrant mon journal du matin, une nouvelle me faisait sursauter : une fillette kamikaze de 9 ans avait été arrêtée au Pakistan, bardée d’explosifs alors qu’elle s’apprêtait à commettre un attentat suicide à un barrage policier. Une écolière innocente qui avait peur, et à qui on avait dit d’appuyer sur le bouton lorsqu’elle serait près des policiers. Semble-t-il qu’on l’avait enlevée quelques jours plus tôt, spécifiquement pour lui confier cette funeste mission. Cas unique, pensez-vous, que cette enfant transformée en bombe humaine, hormis bien sûr tous ces autres adolescents que les extrémistes musulmans ne semblent avoir aucun scrupule à utiliser à des fins d’attentat suicide?   
Je laisse la parole au peintre pakistanais Iqbal Hussein qui faisait l’objet d’un reportage récent dans le magazine GEO. Contemplant son pays devenu fou, il disait : «Je ne comprends pas ces familles qui envoient leurs petits garçons dans des madrasas. On se retrouve avec des gamins qui veulent se faire exploser! C’est désespérant, dans les zones tribales, ils font la queue pour devenir kamikazes.»
Si toute cette terreur prend sa source dans ces madrasas, ces multitudes d’écoles coraniques fréquentées par des enfants à l’âge le plus tendre- plus de 14 000 madrasas au Pakistan seulement-, quelle effrayante culture de mort peut-on bien inculquer à ces jeunes écoliers dans ces établissement d’enseignement religieux, pour arriver à obtenir d’eux pareil volontariat pour l’abattoir? Comment peut-il être possible, à moins d’être complètement fanatisés ou pervertis par une lecture incomprise du Coran, d’avoir la monstrueuse idée de transformer de jeunes vies innocentes en bombes humaines, sous le prétexte suranné de djihad, de guerre sainte, ce déferlement ininterrompu d’attentats sanglants et de coups de main meurtriers que des intégristes assassins mènent un peut partout à travers le monde, mais plus spécifiquement en Orient, et auxquels ils ont encore la prétention de prêter des vertus de sainteté, sous prétexte que cette boucherie est conduite au nom de l’islam?
Comme s’il pouvait y avoir de la grandeur dans la guerre, comme si le fait de croire en la sainteté d’une chose pour l’homme en faisait automatiquement une chose sainte… Pauvre Allah, que l’on qualifie encore de « Miséricordieux », comme il doit être peiné de voir toutes les abominations que l’on commet en son nom…
La question que je me pose est la suivante : Y aurait-il deux islam? L’un moderne, ouvert à l’Occident et désireux d’échanger ses vues avec lui sous la gouverne de ses milliers de docteurs en jurisprudence islamique, théologiens, imans, chefs religieux et érudits de grand renom, et l’autre, resté pris pour ainsi dire dans une sorte de trou noir du temps, toujours à prodiguer dans les écoles coraniques des zones tribales le même enseignement religieux démuni de matières non islamiques qu’au cours des siècles passés, sous la direction de mollahs traditionalistes si peu ouverts à la culture, aux idées nouvelles et aux changements sociaux, qu’ils considèrent la musique comme un sacrilège?
Qu’en est-il exactement de ces madrasas et de l’enseignement qu’on y prodigue? Certaines, en zones de conflits, sont si endoctrinées par leurs enseignants, qu’on les compare à des repaires de terroristes, des universités de l’attentat suicide. Les enseignants de ces écoles coraniques sont si habitués à endoctriner, qu’un étudiant qui remet en question les anciens préceptes est jugé irrespectueux à l’égard de ses professeurs. Sans interaction ni débat entre élèves et enseignants, n’est-ce pas une aberration, à l’époque où l’on vit? La vérité ne se fraie-t-elle pas péniblement un chemin à travers le choc des idées?
John Stuart Mill, dans son essai « De la liberté », écrivait : « Le despotisme de la coutume est partout l’obstacle qui défie le progrès humain, […] C’est le cas de tout l’Orient. La coutume est là, souverain arbitre de toutes choses : justice et droit signifient conformité à la coutume; […] Et nous en voyons le résultat. Ces nations doivent avoir eu autrefois de l’originalité; elles ne sont pas sorties de terre peuplées, lettrées, et profondément versées dans de nombreux arts de vivre; sous tous ces rapports, elles se sont faites elles-mêmes, et elles étaient alors les plus grandes et les plus puissantes nations du monde. Que sont-elles maintenant? Elles sont asservies à des tribus dont les ancêtres erraient dans les forêts, tandis que les leurs avaient de magnifiques palais et des temples fastueux, à une époque où la coutume se départageait le pouvoir avec la liberté et le progrès. »
Et plus loin, Mill écrit encore : « L’idée qu’il est du devoir d’un homme de veiller à ce qu’un autre soit religieux est la cause de toutes les persécutions religieuses jamais perpétrées; […] C’est une détermination à ne pas tolérer que les autres fassent ce que leur permet leur religion, et cela parce que ce n’est pas permis par la religion du persécuteur. C’est croire que non seulement Dieu déteste l’acte du mécréant, mais qu’il ne nous tiendra pas non plus pour innocents si nous le laissons agir en paix. » N’est-ce pas le cas des talibans dont les croyances sont aussi rétrogrades que trompeuses pour tous ceux qu’ils parviennent à endoctriner? Et le peuple afghan qui a si souffert des abus de leur régime despotique n’est-il pas sans cesse menacé de retourner sous leur férule tyrannique, pour peu que l’Occident baisse les bras devant la guerre « sainte » que ces fondamentalistes mènent en Afghanistan pour reprendre le contrôle de la vie des leurs, les protéger des dangereux artifices de notre monde d’« infidèles » ?
Preuve que certaines madrasas peuvent bien être qualifiées « d’usines à djihad », notamment au Pakistan, le mollah Omar, chef suprême des talibans, ne s’est-il pas vu décerné un diplôme honoris causa par les chefs religieux d’une madrasa tentaculaire de plus de 3 000 étudiants située non loin de la frontière afghane?
L’islam est malade. S’il ne se libère pas des préjugés d’un grand nombre de ses fils à l’égard des valeurs de l’Occident, préjugés entretenus par ses propres leaders politiques et religieux qui les informent mal ou négligent de le faire, il continuera de faire l’objet de suspicion à son égard de la part des occidentaux. S’il ne suscite pas la renaissance de l’éducation islamique en profondeur, afin que dans un proche avenir cessent des horreurs comme l’attentat suicide du World Trade Center commis à l’endroit d’innocentes victimes, ou plus près de nous dans le temps, cet autre acte du genre non moins horrifiant de décembre 2010 perpétré dans un district tribal frontalier de l’Afghanistan, alors qu’une kamikaze vêtue d’une burqa tuait 43 personnes à un point de distribution d’aide alimentaire de l’ONU, son image demeurera ternie aux yeux des autres confessions de notre monde.
Permettez-moi, avant de conclure, de formuler un souhait à votre égard, fils et filles de l’Islam. Je voudrais qu’en vous voyant vivre, les gens puissent dire : Voyez comme ils s’aiment malgré leurs divisions, voyez leur bonheur paisible. Qu’il y ait dans votre langage plein de vérité et de grandeur, qu’il soit fort, apaisant, respectueux et rempli d’ouverture envers les autres, principalement ceux qui ne partagent pas forcément vos croyances.
S’il est vrai qu’on reconnaît l’arbre à ses fruits, je voudrais encore, en vous regardant, qu’on puisse voir en vous les fruits de l’Esprit, et non ceux de la déraison et de la mort, comme c’est trop souvent le cas depuis nombre d’années. Je voudrais voir dans l’Islam, à l’instar du catholicisme sous Jean-Paul II, un nouveau leader mondial de la paix, de l’amour et de la réconciliation entre les hommes.
Al hamdoulillah! Allah soit loué!
Mais faites vite, car pendant ce temps, le sang ne cesse jamais de couler…

lundi 8 août 2011

Vous êtes pas tannés de mourir, bande de caves?



En 1970, sur la murale d’entrée du Grand Théâtre de Québec consacré aux arts de la scène et du spectacle, l’artiste sculpteur Jordi Bonnet gravait cette phrase choc du poète Claude Péloquin : « Vous êtes pas tannés de mourir, bandes de caves? C’est assez! » Lors de l’inauguration du complexe théâtral par les autorités responsables de l’époque, ces mots provoquaient un véritable scandale pour nombre de Québécois, certains allant jusqu’à réclamer de faire disparaître un tel affront à la grande culture.
Ces mots sont durs, il faut en convenir, et plusieurs ont disserté longuement sur les intentions du poète, en écrivant pareille provocation. On parlait alors de l’apathie des Québécois qui, pour certains, tardaient à assumer leur indépendance politique pour jouer enfin leur rôle véritable dans le monde. Bref, cette apostrophe était destinée, semble-t-il, à faire office d’électrochoc pour le peuple. Une sorte de prise de conscience de son apathie face à son destin. Ou si on aime mieux, un coup de théâtre destiné à le tirer enfin de sa torpeur.
Et si on appliquait ces mots choc de « bandes de caves » à chacun d’entre nous, à l’échelle de notre monde dangereusement déshumanisé? Ne sommes-nous pas tannés de mourir à nous-mêmes, morts de toutes ces grandeurs refoulées en nous au profit de cette soif éternelle du mauvais riche toujours plus tyrannisante dans son avidité insatiable d’argent, de biens matériels, d’honneurs et de positions sociales si souvent obtenues par des moyens peu délicats?
Ne sommes-nous pas tannés de mourir avec ce masque perpétuellement accroché au visage pour mieux dissimuler nos aliénations de cœur, nos dépravations d’idées, de goûts et d’habitudes, sans cesse sur le penchant de notre ruine, morts de nos existences sans remords, de nos aspirations piétinées par l’égoïsme, l’apathie, l’indifférence, et étouffées encore par toutes nos craintes de se retrouver en manque qui nous font engranger toujours plus de richesses périssables au détriment des véritables trésors du cœur qui ouvrent les portes du Ciel?
Ne sommes-nous pas tannés de mourir, de courir tout droit à notre perte, tel ce vaisseau à la dérive poussé par un vent mauvais qui fonce droit vers les écueils de la côte sous l’impulsion d’un compas faussé, engloutis que nous sommes par le cloaque de nos mœurs? Ne sommes-nous pas tannés de toutes nos morts et fermetures à tout ce qui relève de l’esprit de grandeur en nous, par faute de n’avoir d’autre fin que de sacrifier aux jouissances des sens, n’ayant aucun scrupule à laisser la tyrannie de la chair s’installer à demeure en nous et y régner en maître absolu?
Ne sommes-nous pas tannés de mourir fermés à la sagesse des sages, d’être de ces animaux de gloire qui ne vivent que pour occuper les autres d’eux-mêmes, pour se faire un nom, une position, prétentieux, vaniteux, orgueilleux et sensuels à souhait dans nos actions comme dans nos pensées, esclaves de nos intérêts et de nos passions, prompts à la critique et à la condamnation des autres sans voir l’immensité de nos propres manquements, affectant la vérité, la sincérité et la noblesse de sentiments alors que nous sommes les premiers à se conformer à des modes et usages que notre conscience désavoue, tant nous sommes esclaves du respect humain? 
Ne sommes-nous pas tannés de mourir, faux à l’égard de nous-mêmes, faux à l’égard de Dieu et de notre prochain, ayant tout vu, sachant tout, se suffisant en tout, présomptueux, tranchants, hautains, rampants devant le fort, implacables à l’égard du faible, usant et abusant de la vie comme si nous en étions les maîtres absolus, maîtres irresponsables et despotes fermés à la raison et peinant sans fin dans nos ténèbres obscures à discerner le vrai du faux, tant notre conscience est faussée?
Enfin, ne sommes-nous pas carrément tannés d’accepter cette mort née de la division homicide entre les hommes et qui a fait du genre humain le tombeau de l’erreur et du vice, transformé notre paradis originel en une vallée de larmes? Ignorant Dieu et nous ignorant nous-mêmes, toute notre vie durant nous cherchons en vain à donner un sens à une existence qui nous échappe. Obscurément nostalgiques du paradis dont nous avons été chassés, et devinant par intuition qu’il est toujours là, dissidents insatisfaits de notre vie purement matérialiste, nous cherchons confusément à retrouver le sens du paradis perdu et, pour les plus conscientisés d’entre nous, de découvrir ce Dieu qui se cache faute d’avoir cessé de le chercher, faute de s’être mis hors du jeu divin. Dieu est la présence à reconnaître au milieu de ce jeu, parce que notre vie n’a de sens qu’à l’intérieur de ce jeu, de cette quête d’absolu.
Saint-Exupéry avait vu juste : « On ne voit bien qu’avec les yeux du cœur. L’essentiel demeure invisible au regard. » Nous devons réapprendre à voir avec les yeux du cœur pour redécouvrir l’essentiel qui se cache dans la profondeur de notre nuit. C’est à ce prix seulement que nous trouverons enfin le bonheur, que nous pourrons jouer notre véritable rôle en ce monde, et que nous deviendrons « bienheureux »!
Si tout cela au contraire nous laisse insensibles, alors il faudra croire que nous ne sommes pas tannés de mourir, et que nous sommes indifférents à l’idée de vivre étouffés par les ronces de notre jardin abandonné à lui-même, confortables avec l’idée de cette mort à toute élévation en nous, cela alors que nous n’aurons peut-être jamais su ce que c’est que de vraiment vivre, et même jamais su ce que c’est que de naître!

jeudi 4 août 2011

L’éternel voyageur


« Ô mon Dieu, qu’étais-je avant d’être conçu? Avais-je quelque être, et étais-je quelque part? »
Ces paroles tirées des « Confessions » de Saint Augustin ne résument-elles pas à elles seules l’angoissant questionnement de l’homme sur la précarité de son existence et la conscience plus ou moins nette de n’être qu’un acteur sur la scène de l’existence? Qui sommes-nous, d’où venons-nous et où allons-nous? Parachuté en cette vie sans l’avoir demandé pour un court et chaotique périple d’à peine quelques décennies de durée- pour les plus favorisés d’entre nous -, toute notre existence se passe à essayer de comprendre le sens de ce court voyage.
Le grand psychiatre et psychologue suisse Carl G. Jung affirmait « que l’homme est un être en partie double, dont l’une, la partie consciente, n’a que l’âge du corps, alors que l’autre, la plus importante, la partie inconsciente et supra consciente, a l’âge et l’expérience de millions d’années. » Pareille supposition ne rejoint-elle pas « l’hypothèse de la survivance des âmes qui est celle de la plupart des religions »? comme l’écrivait si bien Maurois?
L’hypothèse chrétienne relative à cette survivance de l’âme après la mort coïncide largement avec celle des religions judaïque, islamique et autres, dont celle de l’ancienne Égypte. Suivant ces doctrines, l’âme de l’homme est issue de Dieu, et ce sont nos parents qui lui donnent la possibilité de s’incarner dans le monde terrestre en cédant à l’appel de la chair. Après sa mort, et un séjour indéterminé dans un « purgatoire » (« Royaume des morts, Schéol, Hadès » et autres), cette âme obtient la félicité éternelle, en récompense d’une vie juste. Dans le cas contraire, celui notamment du péché contre le Saint-Esprit, le Christ précise : « Il ne lui sera pardonné ni en ce monde ni en l’autre. » (Mt Chap. 12, Vers. 32). La Bible parle alors de la géhenne pour cette âme perdue, le séjour des réprouvés.
Mais qu’en est-il exactement de ce mystérieux « purgatoire » qui depuis des siècles alimente tant de spéculations? Une courte recherche nous apprend que c’est « un lieu ou plutôt un état dans lequel les âmes des justes sorties de ce monde sans avoir suffisamment satisfait à la justice divine pour leurs fautes, achèvent de les expier avant d’être admises à jouir du bonheur éternel. » Que ce « purgatoire » existe ou pas, on peut raisonnablement croire que nous aurons à répondre après notre mort des faits et gestes de notre vie présente. Le Christ est encore catégorique à ce sujet : « Tu n’en sortiras pas que tu n’aies remboursé le dernier quadrant. » (Mathieu Chap. 5, Vers. 25-26). Heureusement que ce Rédempteur a pris sur Lui de tout racheter de notre mal, car comme le dit si bien Saint Augustin, « si vous vouliez examiner avec rigueur les péchés des hommes, Seigneur, qui pourrait subsister devant le tribunal de votre justice? »
Admettons ensemble, bien humblement, que ce temps d’expiation risque plutôt d’être long, avec tous ces coins obscurs qui enténèbrent notre vie. Le mal en nous est si profond, si bien établi à demeure dans notre esprit, et ce bien souvent à notre insu, qu’il nous est impossible de le vaincre définitivement sans l’aide de Dieu. Grâce au Christ, on sait maintenant que c’est de notre imperfection, de notre inachèvement que nous viennent toutes nos souffrances. Comme l’écrivait si bien Michel Quoist dans son livre « Réussir », « Au cœur de tout homme se cache la nostalgie de la perfection. Le désir est infini, mais les limites multiples ».
Que l’on soit d’accord avec cette idée de « purgatoire » comme lieu d’expiation pour nos fautes ou, au contraire, que l’on partage plutôt les vues de l’hypothèse évolutionniste spiritualiste des religions orientales et du christianisme primitif, à l’effet que l’âme immortelle de l’homme pérégrine de vie en vie en traversant les portes de la mort et de la naissance où elle se revêt d’un nouveau corps pour se perfectionner d’existence en existence, une question restera toujours sans réponse: Si ma vie actuelle est la résultante de mon passé, de quoi ce passé était-il donc fait? Si ma vie présente n’est pas unique, si je ne vis pas en ce monde pour la première fois, où étais-je donc auparavant? comme se le demandait avec tant d’à-propos Saint Augustin? Qui étais-je? À quelles époques ai-je vécu? Et qu’ai-je donc fait au cours de ces anciennes vies? De quels manquements graves ai-je donc pu me rendre coupable, pour en être toujours là à souffrir dans ce corps périssable, avec toutes mes soifs d’infini?
Si on admet, relativement à cette hypothèse, que je ne suis pas venu au monde blanc comme neige- l’Église nous enseigne que nous venons tous au monde enclins au mal à cause de la faute d’Adam-, mon sort actuel pourrait-il être la conséquence inévitable de la conduite de mes vies précédentes? Et fort de cette connaissance, n’ai-je pas tout intérêt à tout mettre en œuvre dès à présent pour m’élever dans cette voie de la perfection, de la justice, du partage et de l’amour dans laquelle cheminent les justes de ce monde, afin de devenir au plus tôt cet homme divinisé à qui le Ciel est promis en partage comme récompense éternelle?
« Notre civilisation est en danger, écrit encore Michel Quoist. Mais non pas tant à ses frontières géographiques qu’aux frontières mêmes du cœur humain. Le ver rongeur est à l’intérieur; il gagne inexorablement, appâté par les facilités du Monde moderne qui offre au corps la jouissance de la chair, à l’esprit l’orgueil de la puissance. […] Si l’esprit de l’homme sombre en face de la matière triomphante, c’est qu’il oublie, ignore ou nie Dieu. Ainsi le drame se résume : ou bien l’homme s’attache à Dieu en se détachant de la matière, ou bien il s’attache à la matière et se détache de Dieu. […] L’homme “civilisé”  divorce d’avec le vrai Dieu, et malgré ses grandes déclarations, aussi sûrement que par l’élaboration de doctrines athées, bâtit un Monde où il n’y a plus de place pour Dieu. »
Or, comme Dieu est la finalité de notre existence et que toutes nos soifs d’excellence et d’idéal ne sont au fond qu’une seule et même soif d’absolu, la soif de Dieu, ne risquons-nous pas, en nous détournant de Lui, de tourner en rond sur nous-mêmes indéfiniment, écartelé en notre être profond, sans cesse en lutte contre nos frères, chacun pour soi, éternels voyageurs condamnés à une interminable errance pour des siècles et des siècles?
Pourtant, notre guide de conduite existe pour mettre fin à cette errance et arriver à bon port. Ce guide nous a tracé le chemin il y a deux mille ans. « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père si ce n’est par moi. » (Jean, Chap. l4, Vers. 6). Michel Quoist ajoute «que c’est Dieu qui a mis en nous cette nostalgie de l’achèvement dans l’infini, et que du fond de l’éternité, c’est son amour qui nous fait signe.» Le Christ n’est-il pas l’accomplissement parfait de cet amour infini?
Réincarnation ou « purgatoire », qu’avons-nous vraiment à nous en formaliser, chacun braqué de son côté dans sa perception de la vie après la mort? Dans un cas comme dans l’autre, ne sommes-nous pas condamnés à y expier nos manquements antérieurs? De ce fait, l’important n’est-il pas d’en sortir au plus vite, pour mettre fin au plus tôt à ce cycle interminable de souffrance?
Je laisse le mot de la fin à Pierre Shoendoerffer. Dans son livre, Le Crabe-Tambour, Grand Prix du Roman de l’Académie française 1976, le célèbre écrivain fait dire à un de ses personnages, dans le chapitre intitulé Le Grand Secret : « C’est drôle… c’est très drôle : on n’est pas heureux. Je sais qu’on n’est pas heureux. L’homme n’est pas heureux… Voilà, c’est tout : nul homme n’a été heureux. Jamais! Voilà le secret : il n’y a jamais eu d’homme heureux. Jamais depuis qu’il y a eu des hommes sur la terre, depuis toujours… Jamais!... Vous le saviez, n’est-ce pas?... C’est écrit dans tous les livres… » 

lundi 1 août 2011

Le cerisier qui refusait de mourir




         Il devait bien y avoir trente ans que ce cerisier était là, au fond du jardin de notre maison, à lutter année après année contre les intempéries. Les rigueurs du climat, le vent, la pluie, la neige, la glace, le verglas, il les avait tous vaillamment affrontés, la tête haute. Et puis, un beau jour d’été, suite à un violent vent d’orage qui l’avait cravaché de toutes parts, incapable de protéger sa ramure plus longtemps avec ses forces qui diminuaient maintenant d’année en année, il s’était vu amputé de l’une de ses branches mères. Son fier profil sérieusement amoché à compter de ce jour, nous savions que le vieil arbre fruitier venait de commencer à baisser les bras. Désormais, il fatiguerait de plus en plus dans la tourmente. D’autant plus qu’un bref examen de son tronc nous avait révélé que des champignons parasites étaient lentement mais sûrement à le gangrener. Aussi fallait-il se résigner : ce vaillant combattant qui arrivait au crépuscule de sa vie venait nous rappeler brutalement que notre survie en ce monde est toujours aussi aléatoire. Tout comme cet arbre sur le déclin, nous sommes matière issue du néant, et nous allons y retourner.
            L’hiver suivant, alors que nous anticipions de le voir se coucher à tout jamais suite à quelque brusque réchauffement de la température qui nous amènerait un couvert glacé destructeur pour sa ramure, le vieux cerisier affrontait le vent et la neige sans broncher. Et émerveillés que nous étions au printemps de le voir éclore et s’épanouir tout en fleurs comme ces années où il avait embelli le jardin de nos souvenirs, on l’avait cajolé et bichonné à qui mieux mieux, en le débarrassant de tout ce qui pouvait l’encombrer comme bois mort et tiges faiblardes, sans oublier une bonne dose d’engrais organique pour le revitaliser.
            Peine perdue, car l’été venu, les soudaines sautes d’humeur d’un orage estival venait une fois plus le lacérer cruellement, lui retranchant avec fracas une autre branche mère. Cette fois, ce vent mauvais que nous avions vu pivoter et tournoyer autour de sa tête toute ébouriffée lui avait asséné un si rude coup, que nous avions compris en un instant que l’hiver à venir serait fatal à notre vieux compagnon. Il n’était plus que l’ombre de lui-même, mutilé, desséché, dégarni de la presque totalité de son feuillage et de ses fruits, du fait de ses hideuses amputations.
            L’hiver de retour donc, notre vieux cerisier qui, telle une sentinelle gelée continuait de veiller seul au fond du jardin dans le froid et la neige, avait vaillamment résisté une fois de plus aux rigueurs de la saison froide. Puis, alors qu’on arrivait à la mi-mars et qu’un printemps hâtif s’annonçait déjà, une pluie verglaçante avait commencé à tomber avec la venue de la nuit, couvrant lentement mais sûrement les arbres de notre quartier d’une épaisse couche de glace. Au matin, à notre réveil, la pluie avait cessé, mais la température avait continué de se maintenir à la hausse. Si bien que les maisons de la rue semblaient à présent comme autant d’îlots perdus au milieu d’une mer de brouillard. Et au fond du jardin, étrangement irréel au sein de toute cette pâleur fantomatique, pareil à une épave éventrée sur quelque écueil à fleur d’eau, le vieil arbre s’était couché sur son flanc avec ce qui lui restait de vergues et de gréement, son grand mât sectionné net par le milieu, mettant du coup au fond de notre âme comme un étrange désespoir : personne n’avait vu ou entendu quoi que ce soit de ses derniers instants de vie !
            L’épaisseur de la neige dans le jardin nous empêchant de disposer dans l’immédiat des restes disloqués du trépassé, nous avions décidé d’attendre le milieu du printemps avant de procéder à leur démembrement. Les jours et les semaines passant, la température avait commencé à s’adoucir et la végétation à renaître. Ça et là dans les jardins des alentours, des arbres fruitiers s’ornaient déjà de fleurs timides, ce alors que notre vieux cerisier étêté reposait toujours grotesquement sur son flanc, au milieu de la pelouse verdoyante. Ne pouvant plus supporter le spectacle de ses membres amputés, nous nous décidions enfin à procéder à leur enlèvement. Et alors qu’on jouait déjà bruyamment de la scie mécanique pour s’acquitter de cette tâche, notre attention avait été attirée soudainement par de jeunes pousses en fleurs qui avaient pris vie à la base même du tronc de l’arbre. Fasciné par cette découverte et curieux de savoir ce qu’il résulterait de cette vie bien fragile, au lieu de raser le cerisier au sol tel que prévu, on lui laissait une cinquantaine de centimètres de souche, histoire de ne pas nuire à ces petites ramures naissantes.
            Et ô surprise, avec la venue de l’été, ces jeunes rameaux avaient continué à croître en beauté et en force. Si bien, qu’à l’approche de l’hiver, ils semblaient bien armés pour affronter les rigueurs de la saison froide. N’attachant pas plus d’importance à l’événement, ce n’était qu’au printemps suivant, avec la floraison des premiers arbres fruitiers, que notre étonnement du début s’était transformé en véritable émerveillement, devant le perpétuel miracle de la vie. Notre vieux cerisier nous avait présenté fièrement ses rejetons : tous pimpants et resplendissants de vie, couverts de fleurs depuis le tronc jusqu’aux plus fines ramilles! Et cinq ans plus tard, le ressuscité avait déjà si fière allure qu’il faisait l’admiration de tous nos voisins et amis. Des rameaux touffus se coiffaient d’une fière chevelure de plus de trois mètres de diamètre couverte de fruits et ondulant avec grâce sous les caprices du vent!
            Pareille renaissance n’interpelle-t-elle pas chacun d’entre nous, avec le poids de l’âge? Ne nous incite-t-elle pas, avant de quitter ce monde que nous aurons à peine effleuré, à faire  un bilan de ce que nous aurons laissé derrière nous, afin de s’assurer que notre existence ne soit pas seulement une longue suite de joies, de peines et de déceptions qui se seront avérées aussi fugitives que la trace du vent dans les feuilles?
            Faute d’être des modèles de perfection susceptibles d’inspirer les générations à venir et les tirer vers le haut, peut-être pourrions-nous penser à changer notre vie en bien, si ce n’est déjà fait, afin de laisser au moins une trace inspirante de notre passage ici-bas. Et si à ce titre, en faisant le bilan de notre vie, force nous est de constater que nous sommes déficients sur tous les plans de l’élévation du cœur dans ce que nous léguerons aux autres, peut-être que devant un tel constat, on pourrait partager cette méditation de Lamartine sur les destinées de l’homme : « Qui suis-je et que dois-je être? Je meurs et je ne sais pas ce que c’est que de naître »!
            Tout comme le Phénix, cet oiseau mythique qui renaît de ses cendres, il nous est possible à notre tour de renaître à la vie avec un cœur renouvelé. Même que le Christ en fait une condition sine qua none au salut. « En vérité, en vérité, je te le dis, nul, s’il ne naît d’En-haut, ne peut voir le royaume de Dieu. (Jean Chap. 3-Vers. 3) Revenir à l’état de grâce originel, à cet état de paix et de bonheur tranquilles que connaissent les cœurs contrits. Dès l’instant où nous sommes conscients du sentiment de notre indignité sous le regard de Dieu, nous abandonnons toute prétention pour nous-même. Nous redevenons terreau, humus favorable à notre renaissance et à notre plein épanouissement. Dieu ne construit pas avec les orgueilleux, il construit avec les humbles qui s’abandonnent entièrement entre ses mains. Alors que le prétentieux se suffit à lui-même, l’homme qui s’abaisse volontairement, par humilité, se tourne vers son semblable, partage avec lui sa précarité, sa faiblesse, mais aussi la grandeur qui a été déposée en lui à sa naissance.
            « Le chant du cygne », cette expression née d’une légende antique selon laquelle le cygne, connu pour son chant discordant, dirait adieu à la vie en émettant le son inédit le plus touchant et le plus merveilleux qu’il n’ait jamais effectué, ne nous donne-t-il pas à croire, que nous aussi, nous sommes capables de pareil chant particulièrement mélodieux, avant de nous éteindre?